Economie
Au salon du logiciel libre, les managers font leur marché
Visite au Salon Solutions Linux, qui rassemble jusqu’à jeudi à la Défense communauté Open source et industriels.
Par Alexandre LAURENT
vendredi 04 février 2005 (Liberation.fr - 11:17)
Des termes comme « parser », « boot » ou « SVG » (1) vont-ils passer dans le langage quotidien ? Les partisans du logiciel libre, réunis du 1er au 3 février, l’espèrent. Au Cnit de la Défense (92), le Salon Solutions Linux rassemble plus d’une centaine de fournisseurs, sociétés de services et associations autour du logiciel libre en entreprise, et accueille essentiellement des managers en costume au milieu desquels rôdent quelques geeks, ces passionnés pour qui l’informatique est une raison de vivre.
Les grands noms de la communauté Open source sont présents, Linux et ses différentes déclinaisons (les « distributions »), Mozilla et le désormais fameux Firefox ou encore OpenOffice, la suite bureautique sous licence GPL (2). Les constructeurs et industriels du secteur sont également présents : IBM, AMD, Novell, Via, Bull ou Hewlett Packard, munis de matériels impressionnants, confirment le réel intérêt que le secteur porte à Linux et aux solutions Open source. Microsoft est également de la partie. « Les responsables d’entreprise ne soutiennent pas Linux parce que c’est à la mode. Ils le font parce que Linux répond à leurs besoins et à ceux de leurs clients », a estimé un responsable de Hewlett-Packard France à l’occasion d’une conférence le 31 janvier en ouverture du salon, reprenant les propos du PDG de la firme, Carly Fiorina.
Les quelque 50 stands d’association de promotion du libre drainent le plus grand nombre de visiteurs, dans une bonne humeur généralisée. Tous ont l’impression que le mouvement a de beaux jours devant lui. Un représentant de l’Aful (Association francophone des utilisateurs de Linux et des logiciels libres) sent que « les gens qui font du libre sont de plus en plus confiants et à l’aise. Ils n’ont plus besoin de démontrer l’utilité de leurs travaux. Les clients sont maintenant demandeurs d’alternatives Open source. Il n’y a qu’à voir les administrations, qui abandonnent les suites bureautiques payantes pour passer à OpenOffice. Le libre n’est plus cantonné au monde des techniciens, le grand public s’y met. C’est la première fois qu’on fait reculer le quasi-monopole de Microsoft. »
Sur les « vieilles machines » aussi
Xavier Eldin, responsable de l’association Antesis.org, est aussi confiant : « Avec Firefox qui reprend 10% de part de marché à Internet Explorer, on est en bonne voie. Finalement, le seul vrai fruit de la net-économie, c’est la licence GPL ».
L’association diffuse gratuitement sur le net Antemium, une version sans installation et entièrement libre de Linux dotée de tout ce qu’un utilisateur moyen est en droit d’attendre d’un PC de bureau (navigateur Internet, messagerie, bureautique, logiciels de visualisation et de retouche photo). Antemium « tourne correctement sur un Pentium 1 à 133Mhz et 64 méga de mémoire », clament les développeurs : « On pourrait récupérer toutes les vieilles machines dont les entreprises ne veulent plus et les équiper avec les dernières versions des logiciels libres sans problème ».
« C’est ça, le développement durable », ironise Xavier Eldin qui cherche à mettre sur pied une opération allant dans ce sens, « un PC pour mon prochain ».
A ceux qui s’étonnent de tomber sur un stand Microsoft au milieu d’un salon dédié au logiciel libre, Stéphane Kimmerlin, responsable Stratégie division Plate-Forme d’entreprise, répond que la firme américaine partcipe pour la troisième année au salon et qu’il n’y a aucune animosité à ressentir. « Il faut développer l’interopération entre les systèmes, ils doivent pouvoir communiquer entre eux », dit-il. Il reconnaît désormais l’Open source comme un « concurrent » digne de ce nom. Sur le stand de Microsoft, des informaticiens en polo blanc montrent à ceux qui le désirent des pans du code source de Windows, mais le geste ne satisfait pas vraiment les adeptes du libre : « On ne peut rien en faire, on serait accusés de contrefaçon… » Les questions de propriété intellectuelle, de brevets et de copyright, débattues à Porto Alegre la semaine dernière (lire l’article), animent ici aussi les conversations.
Vocations
Ingénieur de recherche à l’lnria (Institut national de recherche en informatique et automatismes), Irène Vatton présente Amaya, environnement complet d’édition et navigateur pour le web qui intègre une foule de fonctionnalités dont ne disposent pas les équivalents payants. Libre, cela va de soi. « Le but est de faire des pages conformes aux recommandations du W3C (consortium qui crée des standards pour le web, ndlr), vraiment accessibles à tous. Par exemple, Amaya incite fortement le créateur de site à mettre un texte alternatif sur les images, pour que les non-voyants qui le fréquenteront ne soient pas trop pénalisés. » Des outils de prévisualisation permettent de se rendre compte de la façon dont un handicapé ou une personne surfant sur un vieux navigateur appréhenderait la page en cours de développement.
« Plein d’applications ne seraient jamais développées si le libre n’existait pas. Une société uniquement soucieuse de son profit ne travaillera jamais sur un projet perçu comme non rentable, alors qu’il peut rendre service à une foule de gens » : certains font du libre une vocation et deviennent de véritables prêcheurs, harangant les cols blancs. Ceux-ci leur prêtent une oreille attentive et prennent des notes. Selon une étude IDC, le marché mondial Linux (serveurs, PC et logiciels intégrés) devrait générer 35,7 milliards de dollars en 2008.
(1) parser : outil d’analyse syntaxique
boot : démarrage d’un ordinateur
SVG : format de fichier image
(2) La licence GPL (General Public License) est destinée à garantir la liberté de partager et de modifier les logiciels libres, et à s’assurer que ces logiciels sont effectivement accessibles à tout utilisateur.
http://www.liberation.fr/page.php ?Article=272958
© Libération
