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Valérie Pécresse propose aux sociétés de donner leurs vieux PC à leurs salariés


Pour Mme Pécresse, il s’agit d’améliorer le taux d’équipement des foyers français en ordinateurs, qui reste inférieur à celui de ses voisins européens. Il atteignait, selon son cabinet, 57 % au premier trimestre 2007, contre 65 % en Angleterre, 70 % en Allemagne et encore davantage aux Pays-Bas et en Suède. Grâce à l’opération "un ordinateur à 1 euro par jour", lancée en 2004, le taux d’équipement des étudiants en France a grimpé de 9 % à 50 %. "Cela ne me satisfait pas. Pour les étudiants, on doit être à 100 %", a-elle insisté.

La "donation directe" par les entreprises aux salariés de PC (ordinateurs personnels) usagés figurait en tête des propositions du Livre blanc 2010 L’Internet pour tous, publié en mars par Renaissance numérique, une association regroupant universitaires et patrons du secteur.

Les entreprises amortissent en effet leurs ordinateurs en deux ou trois ans. La plupart d’entre elles les envoient ensuite à la déchetterie. Une démarche coûteuse. Car un PC contient des matériaux polluants voire toxiques. Sa destruction doit donc être assurée par des sociétés spécialisées. Le coût de mise à la décharge d’un écran cathodique varie ainsi entre 7 et 20 euros, selon le prestataire et le poids de l’objet. La destruction de l’unité centrale ou d’un écran plat revient à quelques euros. Il y a deux ans, Dell France a mis au point une offre de recyclage complète dont le coût varie entre 7,50 euros et 15 euros, selon le nombre de PC à recycler.

Donner les PC plutôt que de les envoyer à la casse semble donc une mesure non seulement généreuse mais aussi de bon sens. Mais, pour des raisons fiscales et sociales, elle est aujourd’hui très difficile à mettre en oeuvre, affirment les auteurs du Livre blanc.

"Même si la valeur comptable d’un PC, une fois amorti, est nulle, s’il fonctionne encore, il a ce que l’administration fiscale appelle une valeur d’usage. Si l’entreprise le vend à un salarié, elle doit enregistrer un produit qui sera soumis à l’impôt sur les sociétés", indique Pierre Kosciusko-Morizet, membre de Renaissance numérique et PDG fondateur de PriceMinister.com.

Quant au don, il peut être assimilé à un avantage en nature, et l’Ursaff peut considérer que l’entreprise doit payer des charges sociales. "Il faudrait qu’avec un simple reçu une entreprise puisse se débarrasser de ses ordinateurs", explique M. Kosciusko-Morizet.

Chez Dell France, Alessandra Calzola, chargé de l’environnement, reconnaît que le cadre législatif incite plutôt les entreprises à donner aux écoles, aux collectivités locales et à des associations.

COÛTEUSE POUR LA COLLECTIVITÉ

La proposition de Mme Pécresse ne semble pas inquiéter les distributeurs de micro-informatique outre mesure. Sans évaluer pour l’instant l’impact qu’aurait une telle décision sur leurs ventes futures, certains estiment qu’elle permettrait pour ces nouveaux utilisateurs de faire un premier pas dans ce secteur qui pourrait déboucher deux ou trois ans plus tard sur l’achat d’un matériel neuf.

Quoi qu’il en soit, le souhait de Mme Pécresse semble difficilement applicable. De nombreuses entreprises, qui s’étaient engagées dans cette voie, malgré le risque fiscal et social encouru, en témoignent. Difficile en effet de donner sans susciter des jalousies. Pour un heureux, on crée souvent plusieurs mécontents. Et que faire lorsque le salarié peine à utiliser la machine ou que le disque dur s’avère défectueux, entre autres… La direction informatique se retrouve bien souvent à devoir assurer le service après-vente, contre son gré.

Pour donner sans affronter ces inconvénients, elles préfèrent s’adresser à des entreprises d’insertion, qui assurent le reconditionnement, nettoient les disques durs des données personnelles ou des logiciels soumis à droits d’auteurs, et vendent ensuite à bas coût ou offrent les PC à d’autres associations, en France ou dans des pays en développement.

Perturbante pour les entreprises, la proposition de Mme Pécresse ne fait en outre pas l’unanimité parmi les associations qui militent depuis longtemps pour mettre Internet à la portée de tous. " La fracture numérique est surtout due aux difficultés d’usage et d’appropriation", constate Florence Durand-Tornare, fondatrice de l’association Villes Internet, créée il y a presque dix ans pour développer les espaces numériques, dans les villes et en particulier dans les quartiers défavorisés.

Pour Yves Blanchoz, directeur industriel de l’entreprise de recyclage Valdelec, donner un PC usagé à un salarié est pire qu’inefficace. Cette mesure serait coûteuse pour la collectivité, qui devra ultérieurement payer le prix de mise à la décharge des PC lorsque le salarié voudra s’en séparer. Ce qui n’est pas le cas pour les PC vendus aux particuliers. En effet, dans leur prix de vente est intégrée "l’éco-participation", qui correspond au coût du recyclage, entre 4 et 8 euros pour un moniteur, et 1 euro pour l’unité centrale. "C’est un moyen facile pour les entreprises de se décharger du coût du recyclage", estime M. Blanchoz. Annie Kahn avec Nathalie Brafman Article paru dans l’édition du 26.10.07.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-971085@51-971195,0.html

mise en ligne le mercredi 6 février 2008 , par pierrot Sans logo .


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